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Assieds-toi sur tes acquis et tais-toi

Publié dans le dernier numéro du magazine Femmes de Tunisie

Femmes, depuis votre enfance on vous dit que Bourguiba a fait de vous l’égal de l’homme dans ce pays, grâce à l’adoption du Code du Statut Personnel. Depuis des années on chante le statut de la femme en vous disant que vous êtes les mieux loties du monde arabo-musulman. On vous le rabâche tous les jours à la radio, à la télé, dans les journaux, si bien qu’aujourd’hui, rares sont les politiciens (et les politiciennes) qui parlent encore d’émancipation de la femme ou de progrès en matière de droits. La seule chose qu’on entend est « Nous ne reviendrons pas sur les acquis de la femme ! », que ce soit du côté des islamistes ou du côté des « progressistes », comme si on ne pouvait pas voir plus loin que le bout de notre Code du Statut Personnel, comme s’ils s’étaient tous entendus pour fermer la porte au débat (comme on a fermé la porte de l’ijtihad)… débat maudit qui révèlerait le vrai visage de chacun d’entre eux… ce débat qu’ils veulent tous éviter en se cachant derrière les « acquis ». Timidement, chacun se complait dans des discours pâles, en ne niant pas les droits de la femme, mais sans pour autant oser les défendre avec vigueur.

Quels sont ces acquis sur lesquels on nous dit de nous asseoir ?

La femme tunisienne a plus de droits que toutes les autres femmes arabes réunies. C’est vrai. Mais a-t-elle toute la place qu’elle mérite dans notre société ?

La condition de la femme tunisienne s’est dégradée et continuera de se dégrader tant que nos responsables et nos hommes politiques n’oseront pas affirmer leur attachement aux droits de la femme. Il ne s’agit pas de nous féliciter parce que la femme tunisienne a le droit de travailler, de conduire ou de demander le divorce, car en dépit de ces droits, l’inégalité persiste et l’inégalité la plus frappante et la plus douloureuse n’existe pas sur le papier, mais dans nos rues, dans nos maisons, dans nos administrations.

Vous avez du ressentir cette inégalité se creuser depuis quelques mois au moins. Quand vous marchez dans la rue et que vous vous sentez dévisagée, et que ces yeux menaçants qui se portent sur votre corps, souvent loin d’être dénudé, vous agressent et vous font redouter une attaque imminente, violence verbale ou physique. Quand vous voyez toutes vos voisines ou vos collègues de travail se mettre au hijab, et qui vous donnent l’impression d’être ce vilain petit canard impudique et insolent qui refusent de se soumettre. Quand un homme vous agresse et qu’au commissariat de police on vous répond, sans vous écouter, que c’est de votre faute, qu’il ne fallait pas provoquer… Violée ou voilée, fais ton choix ! Mais ça, personne n’en parle…

Ce n’est pas simplement des lois protégeant la femme qu’il s’agit, mais de sa dignité au quotidien. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de voir à la tête de l’Etat et de la part de nos partis et de nos médias un signal fort. Nous n’avons pas besoin de « progressistes » qui s’engagent à ne pas toucher à nos acquis, mais qui n’ont pas l’audace d’aller plus loin.

De l’audace pour la cause des femmes, sinon le péril

Ce que nous devons attendre des responsables politiques, c’est un cri pour la libération de la femme tunisienne, un cri qui dit que nous voulons une société où la femme ne peut plus être humiliée, insultée, mise de côté ou cachée. Un cri qui dit que nous allons marcher vers cette société et que rien ne nous arrêtera, et qu’aucun retour en arrière ne sera possible.

Sans cette audace et cette fermeté, nous conserverons sans doute notre Code du Statut Personnel, mais entre temps, les hommes qui verront que personne n’ose se battre pour l’égalité absolue, se sentiront renforcés, puissants et rien ne les retiendra de vous mépriser comme ils le font déjà dans nos rues. Ils sentent ce laxisme à l’égard de la femme envahir l’air qu’ils respirent. Evidemment, ils savent que la première force politique du pays n’a que faire de la dignité de la femme et ils continueront à la bafouer au quotidien jusqu’à ce qu’un jour vous vous réveilliez et que vous constatiez, les larmes aux yeux, que vos « acquis » ne sont plus que des souvenirs alors qu’on vous a retiré depuis longtemps la dignité qui va avec. Pour éviter ça, il faut que la cause des femmes soit soutenue et que les hommes n’aient pas l’impression que « tout est permis, c’est la Révolution ! ».

Habib M. Sayah

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Catégories :Tunisie
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