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Enquête dans les coulisses d’un parti qui dérange

La Presse – Le 1er avril 2011

Nous venons d’apprendre de source autorisée que le parti dénommé « Hezb Ettma9’3ir » s’est vu refuser sa demande de visa par les autorités compétentes. Cette source officielle anonyme proche du Ministère de l’Intérieur nous a informés que le dirigeant officiel de cette organisation non-autorisée, le Cheikh  Mo9déd Brasla3zouza, dit « 9addida », qui a déposé sa demande en conformité avec les lois et réglements en vigueur, a l’intention de former un recours en excès de pouvoir devant le Tribunal Administratif de Tunis.

Les membres de notre rédaction, intrigués par cette obscure organisation qui gagne de jour en jour en popularité dans les régions « de l’intérieur » d’où est partie la Révolution, ont décidé de mener l’enquête afin d’éclaircir les contours de ce parti à propos duquel circulent les rumeurs les plus folles.

Un parti aux origines floues et au fonctionnement sectaire

Munis d’une caméra cachée, c’est au bout de longues semaines d’infiltration incognito que nos reporters ont pu percer à jour les secrets de cette sombre organisation qui multiplie les efforts pour que le gouvernement lui accorde sa reconnaissance officielle, alors que la déferlente des partis en demande de visa a submergé les services du Ministère de l’Intérieur désormais débordé (Voir notre précédent article intitulé « Celui qui gratte sa tête ouvre un parti »).

A la lumière des informations que nous avons pu récolter lors de notre enquête, nous avons pu déterminer que les origines de ce parti remontaient au soir du dimanche 16 janvier, à peine 48h après le départ du dictateur déchu. D’après le témoignage d’un militant de Hezb Ettma9’3ir sous couvert d’anonymat, le parti a été fondé lors de cette réunion qui a rassemblé une dizaine de personnes autour de son obscur leader. En effet, nous avons fini par découvrir que Monsieur Brasla3zouza, Secrétaire Général du parti Ettma9’3ir n’était qu’un prête-nom, un homme de paille pour dissimuler le véritable leadership détenu par un certain Foued Makboub (NDLR : Aucun lien de parenté avec le Président de la République par Intérim). Monsieur Makboub que les jeunes du parti appellent affectueusement « 3am Kalatoussa », s’appelle en réalité Jacques Montali. Né d’une mère juive originaire de Djerba et d’un père italo-maltais, sur un chalutier qui naviguait dans les eaux internationales au large du Golfe de Gabès, Montali bénéficie de la double-nationalité. Cet élément nous permet de comprendre pourquoi il est contraint de tirer les ficelles de son parti dans l’ombre, afin de ne pas tomber sous le coup de la réglementation empêchant les binationaux de diriger un parti politique. Mais sa préférence pour les coulisses plutôt que le devant de la scène est un indice de son tempérament secret… Bref, nous n’en saurons pas plus sur la jeunesse de ce personnage énigmatique qui, selon les rumeurs, aurait prospéré en fondant une chaîne de restaurants de kaftéji en Angola où il se serait également livré au trafic d’armes et au mercenariat.

Quoi qu’il en soit, nous avons rencontré cet homme élégant au verbe fin et au mantien distingué. C’est dans un vieil appartement feutré et dans un décor raffiné que Jacques Montali a accueilli notre équipe, arpès avoir fait la moitié du chemin les yeux bandés, escortés par de jeunes miliciens armés. Nous nous sommes rapidement aperçus que la conversation était le sport préféré de cet homme aux manières délicates. Un verre de Vieux Magon à la main, l’homme a longuement disserté sur l’influence que l’écrivain Jules-Amédée Barbey d’Aurevilly avait eue sur son cheminement intellectuel, avant de nous indiquer le magnifique Oud qui trônait à sa droite pour nous parler des travaux de musicologie du Baron d’Erlanger. Mais dès qu’il s’agissait de parler de son passé ou des desseins politiques de Hezb Ettma9’3ir, son visage se refermait et c’était un homme aux traits durs qui menaçait de mettre un terme à notre entretien à la prochaine question politique : « Vous en saurez davantage, bien plus tôt que vous ne le pensez. »

Qui se cache donc derrière Jacques Montali ? Quel sont ses véritables intentions ?

Le lien affectif qu’il noue avec les militants de son organisation nous a permis d’en savoir plus. En effet, lors du meeting clandestin auquel nous avons pu assister, c’est une foule en délire que nous avons vue acclamer « 3am Kalatoussa ». Néji, un militant de la première heure nous a confié que « 3am Kalatoussa est un génie, c’est notre père à tous, il est fabuleux. Le jour où j’ai rejoint Hezb Ettma9’3ir ma vie a changé ! ». Houdé, l’une des nombreuses jeunes femmes qui militent au sein du parti a quant à elle surenchéri en nous racontant qu’elle était très heureuse car le Leader l’avait choisie parmi plusieurs autres passionarias du parti pour devenir l’une de ses concubines… Etranges moeurs que celles des « Wled Makboub », comme ils aiment s’appeler ! Autre fait étrange qui illustre le culte de la personnalité auquel on se livre au sein du parti : pour célébrer la Révolution et le départ de Zine Ben Ali, ont substitué à la phrase « Nharek Zine », la non moins étrange « Nharek Makboub ». Mais dès qu’il s’agit de soutirer des informations sur le programme du parti ou sur son action, c’est la loi du silence qui règne dans les rangs de Hezb Ettma9’3ir.

Une organisation clandestine aux actions subversives

Face à l’omerta qui paralyse les langues des membres d’Ettma9’3ir, nous avons cherché à en savoir plus. C’est alors que nous avons rencontré Zmorda F., une jeune femme en quête d’un prince charmant et qui a quitté Hezb Ettma9’3ir après s’être aperçue qu’il ne s’agissait pas d’une agence matrimoniale, mais d’un club trop élitiste pour elle. Elle a accepté de nous en dévoiler le fonctionnement et les idéaux.

Selon Zmorda, étudiante en marketing à l’Ihacheucé, Hezb Ettma9’3ir serait divisé en deux grandes branches : une branche politique et une branche paramilitaire, le tout dirigé d’une poignée de fer dans un gant de velours par Jacques Montali, alias Foued Makboub, lequel s’appuye sur un Comité Central dont les ramifications s’étendent aux plus hautes sphères du pouvoir et de la société civile.

Une tendance « conservatrice libertaire »

Flou. C’est le mot qui convient pour décrire le corpus idéologique de ce parti. Entouré de brouillard par ses dirigeants, le programme de Hezb Etma9’3ir sera dévoilé prochainement d’après Zmorda. En effet, avec sa soeur Khorda, Zmorda a longuement travaillé à l’élaboration du programme de ce parti « ni de gauche ni de droite », avant de quitter l’organisation pour des raisons personnelles. Mais nous n’avons pas voulu nous en arrêter là et nous avons mené notre enquête jusqu’au bout. Nous avons fini par apprendre que Hezb Ettma9’3ir el Watani el Echtiraki el Chouyou3i el Ta7arrouri lil Difé3 3al Celtia Gzéz (telle est sa dénomination officielle : Parti Ettma9’3ir National Socialiste Communiste Libéral pour la Défense de la Celtia en Verre – PESCLiDCeV), avait vocation, comme son nom l’indique, à rassembler. Ce groupuscule clandestin a pour ambition de devenir un parti de masse en vue de faire front contre « l’islamo-fascisme » représenté par le concurrent « Hezb Ettahrir ».

Libertaires, les membres de Hezb Ettma9’3ir le sont certainement lorsqu’ils inscrivent dans le nom de leur parti la défense de la bière Celtia. A contre-courant de l’islamisation rampante de la scène politique tunisienne, les membres d’Ettma9’3ir revendiquent haut et fort le droit à la Celtia, cet instrument de torture qui a tant traumatisé les détenus islamistes dans les caves du Ministère de l’Intérieur à l’époque de Ben Ali. Mais ce n’est pas pour l’introduire dans quelque orifice que les jeunes et moins jeunes d’Ettma9’3ir veulent réhabiliter la Celtia : ils veulent la boire afin de « rendre hommage à Bacchus » disent-ils. Etrange référence à une déité païenne… Quoi qu’il en soit, les Ma9’3ara voudraient inscrire dans l’Article 1er de la Constitution le droit inviolable et sacré de boire de la Celtia, boisson nationale : « Tounes daoula Tounisseya, loughet’ha el Tounisseya, machroub’ha el Celtia ». A première vue, nous pourrions croire que cet élans dans la défense des boissons alcolisées est en quelque sorte libertaire, voir libertin, mais d’étrompez-vous, c’est le conservatisme qui anime les Ma9’3ara ! En effet, c’est au nom de la défense d’une certaine tradition que les membres d’Ettma9’3ir veulent sauvegarder la boisson de leurs pères et de leurs grands-pères. C’est ainsi que le leader Jacques Montali a transmis une pétition à notre Ministre de la Culture Azeddine Beschaouch, ancien directeur du patrimoine mondial à l’UNESCO, afin d’inscrire la « Celtia Gzéz » dans le patrimoine de l’Humanité. Ce parti jeune et frais ne cessera pas de nous surprendre dans sa défense de la tradition tunisienne. « Notre modernité, c’est nos traditions », affirmera Nizar Bouhéli, journaliste qui vient de prendre sa carte au Tma9’3ir, chargé de mettre en place l’organe de presse du parti.

Mais les aspirations libertaires de Hezb Ettma9’3ir ressurgissent lorsqu’une dizaine de militants défile devant les locaux du Ministère de l’Intérieur sur l’Avenue Habib Bourguiba afin de réclamer « le droit inaliénable et sacré » de porter un déguisement (Ronald McDonald, Zorro, Spiderman, masque d’Ali Soriati etc.) sur la photographie de la Carte d’Identité Nationale, pour, d’après les Ma9’3ara, bénéficier de l’égalité de droits entre les citoyens, estimant injuste que les militantes de Hezb Eettahrir, le parti concurrent, se soient vues accorder le droit de se déguiser en ninjas sur la CIN.

Ardents défenseurs des minorités et des professions en voie de disparition à cause de la mondialisation effrénée, les militants de Hezb Ettma9’3ir n’ont pas hésité à organiser un sit-in devant le Ministère du Travail afin que soit également reconnue sur la Carte d’Identité la profession de « roubafikiééé ». Les dirigeants d’Ettma9’3ir, dans un communiqué de presse récent se sont dits profondément attristés par la disparition progressive de cette honorable profession, symbole d’une histoire de la Tunisie « que nos enfants ne connaitront pas ».

Le Comité Central du parti Ettma9’3ir a profité de cette polémique autour de la profession de roubafikiéé pour lancer un nouveau syndicat : El Itti7ad el Na9abi li-Roubafikiéét Tounes (INRT). S’appuyant sur une armée de vendeurs ambulants qui ont fleuri dans les rues des grandes villes tunisienne, pour la plupart octogénaires comme l’actuel Premier Ministre, Hezb Ettma9’3ir entend s’introduire dans le milieu syndical en défendant les droits de cette profession, symbole de la Révolution. A l’instar de Bouazizi qui s’est immolé pour la liberté d’entreprendre, ces centaines de vendeurs ambulants sont décidés à peser dans les débats nationaux et devenir des partenaires sociaux privilégiés afin de défendre les droits de la petite entreprise individuelle. Résolument libéral, Hezb Ettma9’3ir justifie pourtant son action par la défense des traditions tunisiennes et de cette profession qui les symbolise.

Un haut responsable du parti nous a par ailleurs confié qu’il était en train de constituer un aile dénommée « Majmou3et 3oché9 7awa » (Rassemblement des Amoureux d’Eve), le M37. Courant idéologique conservateur au sein de Hezb Ettma9’3ir, le M37 défend vigoureusement le paquet King Size, souple et couleur rose bonbon de la marque de cigarettes 7awa (Trad. : Eve), menacée de disparition. Elle incarnerait selon eux un emblême des traditions de l’industrie tunisienne du tabac et des allumettes qui a trop souffert du succès des cigarettes américaines.

Un parti au bras long et armé : les milices de Hezb Ettma9’3ir

Comme nous l’avons mentionné plus haut, Zmorda nous a révélé qu’en plus d’être une organisation politique, Hezb Ettma9’3ir avait une branche armée. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, ce parti a décidé de prendre les armes afin de défendre la tradition tunisienne.

C’est en effet unee association-écran dénommée « El Itti7ad li Mou7afadhat el Sefseri ou el Ta9alid el Tounisseya Dhedd el Tma5wir el 5aliji » (l’IMSTTDT5), qui cache les activités paramilitaires de ce parti rebelle. Cette milice – car il faut appeler un chat un chat – livre une guerre sans merci contre l’influence étrangère véhiculée en Tunisie par les « islamo-fascistes » de Hezb Ettahrir. A la fois attachés au droit pour la femme de se vêtir et de se dévêtir comme bon lui semble, et à la tradition Tunisienne quand il s’agit de se voiler, les membres d’Ettma9’3ir sont prêts à prendre les armes pour combattre le niqab et la burqa, pollution visuelle de la modernité saoudienne importée par les médias satellitaires que le leader Jacques Montali n’hésite pas à fustiger lors de ses nombreux meetings. Selon le Secrétaire Général du parti, Mo9déd Brasla3zouza, « tu peux te déshabiller, te balader en bikini sur l’Avenue, porter une melia, un sefsari, tout ce que tu veux, mais pas de ni9ab ». Lors d’une allocution télévisée le Cheikh Brasla3zouza a déclaré à ses compatriotes « el hijab, el ni9ab mouch nté3na, eyh n3am, mouch enté3na ! Tawa nra5ssoulkom fi soum el sefséri, wel malia. », avant de finir sur une note menaçante « Amma el zollatt sayakounou howa el fayçal ! Wa sanata3amlou ma3a hé’oulé el ninja bikolli 7azm… bikolli 7azm ! ».

En effet, le journal Echourou9, dans un article intitulé « Afrad min 3issabet el 3zéyez challtou ka3bét ninja », nous rapporte qu’une milice de vieux barbus – sans 7enna, et avec une haleine fleurie… Fleur de Mornag – déambulaient en burnous, chéchia et un machmoum à l’oreille dans les ruelles de la Médina pour semer la terreur. « Ma yjich mennou, mouch enté3na. 3aych benti, idha t’7ebb tostor badnek, elbess sefséri », c’est ce qu’aurait dit el Haj Touhémi, dirigeant supposé de la milice de Hezb Ettma9’3ir, à Farhouda, une jeune étudiante qui a adopté le niqab en début d’année, avant de fendre sa burqa avec son poignard en traçant la lettre S comme Sefsari. Ces troupes de challata – Zorros des temps modernes – terrorisent désormais les femmes tunisiennes, afin de « mettre un terme au diktat vestimentaire des chaines satellitaires étrangères ».

Récemment, nous avons appris que cette milice s’était dotée d’une branche féminine composée de commandos de femmes en sefsari. Ces « brigades de la mort » en talon-aiguille ont arpenté le quartier Cité Ettadhamen ce samedi, et ont systématiquement aspergé le visage d’hommes barbus vêtus d’un 9amis, avec de l’acide balsamique.

Toujours au nom de la défense des traditions, le bras armé de Hezb Ettma9’3ir s’est attaqué à une « maison de tolérance » détenue par des proches du parti islamiste Hezb Ettahrir. Après Zitouna FM, Zitouna TV et Zitouna Bank, Sakher El Materi, gendre du Président déchu, avait l’intention dee lancer Zitouna Guech, premier lupanar « sharia compliant ». En effet, suite à l’annonce parue dans le journal Le Temps « Vends fond de commerce : maison de tolérance 100% halal. Cause départ », les dirigeants de Hezb Ettahrir ont repris à leur compte le projet. Les membres d’Ettahrir s’étant attaqués à Abdallah Guech afin d’éliminer la concurrence, la milice de Hezb Ettma9’3ir a riposté en attaquant la succursale Zitouna Guech d’Ennasr II. Lors de cette violente attaque, Abou No3mén, qui administrait des massages à l’eau de Zem-Zem à ses clients fortunés venus des pays du Golfe, fut blessé, tandis qu’Om El Zine qui proposait aux amateurs de sensations fortes de partager son intimité sous la chaleur étouffante de sa burqa, a pu s’enfuir à temps.

Malgré ces agissements peu orthodoxes, on murmure dans les milieux autorisés que Hezb Ettma9’3ir va finir par obtenir son visa de parti, du fait des liens étroits que ses réseaux tentaculaires ont tissé dans le gouvernement. Soupçonné d’appartenance au conglomérat judéo-maçonnique, le chef du parti Jacques Montali alias Foued Makboub aurait usé de son influence au sein du gouvernement afin d’obtenir le limogeage de Farhat Rajhi et son remplacement par Habib Essid, un cacique du parti de Montali…

– Habib M. Sayah –

PS : Ceci était une parodie

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Catégories :Tunisie

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